Antigone

En scène et ailleurs, compagnie théâtrale


De Bertolt Brecht, d’après la transposition par Hölderlin de l’Antigone de Sophocle

Texte français : Maurice Regnaut

Mise en scène : Jean-Vincent Brisa

Musique : Laure Brisa

Décor : Daniel Martin

Costumes : Blandine Poulat 

Lumières : Julien Menut 

Maquillages : Catherine Gargat 

Avec : Margaux Lavis, Susie Henocque, Nathan Roumenov, Patrick Zimmermann, Gilles Fisseau, Jean-Vincent Brisa


Partenaires

 

La Région Auvergne-Rhône-Alpes, Le Département de l'Isère, Le Grésivaudan


Samedi 20 novembre à 19h30

Ça commence à Berlin en avril 1945 : à cette époque, il n’était pas rare de trouver pendus aux réverbères de la ville déserteurs, adolescents affolés par la peur, soldats ayant perdu leurs unités. Quiconque se risquait à dépendre leur cadavre était abattu sur-le-champ.

 

 

À partir de Hegel, Créon avait été réévalué comme représentant de la loi des hommes contre la loi de dieux, des vivants contre les morts, de la rationalité étatique contre les solidarités privées. Pour Brecht, Créon représente l’État violent, plus précisément : violent par insuffisance, sottise. C’est « la cruauté ramenée à la bêtise ».

 

 

Créon, tyran de Thèbes, mène une guerre impérialiste contre Argos. Étéocle meurt au combat, Polynice veut déserter ; Créon le tue, ordonne qu’on laisse son corps sans sépulture.

Entre 1939 et 1945, des centaines de cadavres de femmes exécutées pour crime contre l’État furent ainsi remis aux services d’anatomie des hôpitaux universitaires de Berlin pour dissection.

 

Antigone se révolte ; mais contrairement à la tragédie grecque, elle n’invoque pas les dieux, mais l’humain. Créon n’est pas impie ; il est inhumain, et il incarne l’ordre inhumain de Thèbes : il répond à la cupidité des Anciens, qui ont besoin de guerres pour s’enrichir, au risque d’y perdre leurs fils, et à leur stupidité : quand vient la défaite, ils invoquent le destin pour mieux fuir leur responsabilité.

 

 

 

 

 

Ce que je veux avant tout mettre en avant, c’est le texte. Ce magnifique poème qui nous vient de l’Antiquité et qui n’a rien perdu de son actualité. Parler de la guerre, de la folie meurtrière, de la soif de conquêtes, des mensonges, des injustices et des aberrations commises au nom de la raison d’État, c’est parler de l’homme aussi bien dans son histoire que dans son présent. L’homme n’a de prédateur que lui-même parce qu’il n’a toujours pas résolu les questions que se posait déjà Sophocle : qui sommes-nous, d’où venons-nous, où allons-nous ? L’homme est mortel et la peur de la mort le rend fou.  C’est cette notion de l’homme dans son aspect universel que je veux traiter à travers le cas particulier que je puise dans le texte.

 

Ce cas particulier, c’est Antigone. Figure de résistance. Mais avant tout femme, fille et sœur. C’est elle qui incarne la souffrance de toutes ces femmes qui vivent les horreurs de la guerre. Sa résistance n’est pas une résistance politique ou calculée, c’est une résistance spontanée, et elle ne peut pas faire autrement que de l’entreprendre en voyant les exactions que commet Créon. Il soulève ses deux frères l’un contre l’autre, dans une guerre qui ne sert que sa folie, et refusera une sépulture à Polynice parce qu’il n’a pas servi sa cause. Créon est la figure exacerbée du machisme. Brecht ne lui pardonne rien. Et en effet on ne peut rien lui pardonner. Il est la raison d’être du fascisme sur lequel certains traducteurs se sont apitoyés. Ici, aucun cadeau ne lui est fait.

 

Pour le personnage d’Antigone, je m’inspire beaucoup de la statue en marbre de Jean Hugues, Œdipe à Colone. On voit Antigone à côté de son père aveugle, la tête sur son épaule, et elle dégage une très grande douceur. Elle ne ressemble pas à une guerrière, mais à une fille pleine d’amour et de compassion pour son père. Et c’est bien au nom de l’amour, à mon sens, qu’elle se lèvera contre le tyran Créon. C’est une enfant, simple, qui va détruire les ambitions de pouvoir, de conquête et de folie d’un État militaire et dictatorial. L’amour, arme fatale contre le totalitarisme.

 

 

Nous serons dans un pays en guerre comme ceux qui le sont actuellement. Les costumes militaires seront ceux d’aujourd’hui. Cette guerre ressemble à toutes les autres. Nous serons peut-être en Syrie, peut-être en Afghanistan…

 

Dans un espace dépouillé, je dirigerai les comédiens vers du théâtre pur et sans artifice : le texte et la lumière.

 

 

 

Jean-Vincent Brisa

 

 

 

 

 

Théâtre

Durée : 1h40

A partir de 14 ans